Des cabinets pour accompagner nos élus pour plus d’efficacité dans nos politiques

Alors que l’on est à la veille de la réouverture des débats pour l’installation de la seconde chambre du burkina, après avoir augmenté l’effectif de la première de 111 à 127 parlementaires, l’idée de cette chronique est de dire que rien ne servira de multiplier le nombre de sièges ni le nombre de chambres si l’on ne donne pas des outils de performance à ceux-ci. Un élu est sensé avoir un œil éclairé sur tout. Le financement publique, privé, les conditions des employeurs, des travailleurs, les contraintes industrielles, infrastructurelles ou sociales, la loi, la politique interne, externe, l’histoire, la stratégie, l’intelligence économique, et j’en passe, ce n’est qu’en pesant le pour et le contre de tous ces éléments qu’un député, par exemple, pourra dire avec conviction que la loi de finance qu’il vient de voter est la solution optimale pour le développement du pays pour les années à venir.

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Cependant, je suis loin de remettre en cause le niveau intellectuel de nos élus (même si j’ai été bien souvent dépité de ce que j’entendais lors de certains débats parlementaire, et là encore c’est pour ceux qui osent prendre la parole). Je sais juste que nul ne saurai se maintenir à la pointe de l’actualité dans autant de domaines aussi divers que variés. C’est pour cela que les gouvernants ont des cabinets. Il y a des personnes, expertes dans leur domaine, qui analysent dans leur sens les politiques à mettre en œuvre et qui conseillent ensuite le décideur qui prendra alors une décision éclairée. Et alors, qui éclaire donc celui qui est sensé valider cette décision ?

Dans plusieurs pays, il est institué que chaque élu se doit de composer un bureau qui le conseille et l’accompagne dans sa prise de décision. Ces personnes qu’il emploie devront l’accompagner dans sa tâche. Il bénéficie alors d’une enveloppe financière à cet effet. La fonction d’assistant parlementaire existe depuis près de quarante ans en France, même si la pratique n’est pas encore généralisée à tous les parlementaires. Aux Etats Unis, tous les membres du congrès ont un bureau et ce n’est pas qu’au cinéma que l’on voit le travail qui entoure le vote d’une loi. Cette mesure est en mon sens, la clé pour nous ouvrir à des politiques éclairées et pour éviter de réviser nos lois tous les deux ans. Au Burkina Faso, il est prévu que le parlementaire puisse solliciter les services d’un secrétaire comme assistant. Il dispose aussi de frais dits d’expertise qui lui permettent de solliciter des consultations d’expert pour des sujets complexes. Cependant, cette mesure gagnerait à être instituée et légiférée afin de s’assurer que derrière chaque élu se trouve la connaissance nécessaire.

Un paquet minimum.

Au vu des réalités du Burkina Faso, nous nous disons qu’un minimum de compétences est requis pour discuter de la destinée de la nation. Dans ce sens, chaque élu devrait comporter dans son bureau le personnel minimal suivant :

Un conseiller juridique qui serait au fait des questions juridiques. Celui-ci pourra aussi jouer le rôle de conseiller politique, pour peu qu’il ait les compétences pour. Il sera principalement chargé de vérifier la légalité des entreprises et propositions de l’élu.

Un expert en finances publiques parce que même si l’on évite souvent de le dire, la principale tâche d’un député, pour ce qui est écrit dans la constitution, c’est voter la loi de finance et de vérifier sa bonne exécution. Alors, quand un président de la cour des comptes prétend ignorer que des dépenses publiques doivent être justifiées, autant le rappeler au député.

Un économiste, parce qu’il faut qu’on fasse comprendre aux uns et aux autres qu’un administrateur des finances publiques n’est pas un « économiste ». Je suis ami avec beaucoup d’entre eux et je respecte leur travail mais mettons les choses à leur place une fois pour toutes. L’économiste est celui qui saura jouer sur les leviers de la politique économique pour s’assurer les que les quatre indicateurs de la santé d’un état, à savoir la croissance, le chômage, la balance commerciale et le taux de change de la monnaie, sont au vert. Je le dis comme ça pour faire simple. Alors, il est bien de s’assurer que les finances publiques sont gérées dans la transparence mais il faut aussi savoir à les dépenser de façon optimale pour le bien de la nation.

Un spécialiste en sciences humaines et sociales, parce qu’il n’y a pas que l’économie dans la vie. Parce que les sentiments de bonheur, de bien-être, de joie, ça compte. Parce qu’il faut aller plus loin que les chiffres pour analyser la baisse du niveau des élèves ou la hausse des violences civiles.

Alors, un bureau minimal composé de ces quatre postes, où l’on pourra, au besoin, ajouter certains profils que l’on trouve nécessaire (conseiller en communication, administrateur NTIC, etc.), en doubler d’autres, permettra à nos décideurs d’être plus focalisés et plus efficaces dans leur travail. Il ne s’agit donc pas d’agents de la fonction publique parlementaire, des agents recrutés pour travailler pour l’Assemblée Nationale. Il s’agit plutôt de personnes travaillant pour un individu, donc comme une entreprise privée. Je dis individu entreprise mais les économistes sauront certainement me ressortir le terme exact

Un individu entreprise.

Oui, je suis un peu beaucoup libéral dans le fond. Je crois qu’il faudrait que chaque entreprise bosse à fond pour sa pomme pour que, ensemble, tout le monde se sente bien. D’autres, qui ont des vues un peu plus à gauche pourront apporter leurs corrections, je suis impatient de lire vos différents commentaires. Cependant, je pense que l’élu devrait fonctionner comme une entreprise. Il devrait avoir l’obligation d’avoir un siège, dans la capitale ou dans sa province (en attendant qu’on repasse aux représentations régionales) d’origine, je ne sais pas encore. Il devrait aussi avoir l’obligation d’employer. Bien entendu, mon esprit libéral me dit qu’il devrait avoir également la liberté de remercier ses employés si ceux-ci ne lui apportent pas satisfaction, le code du travail balise déjà bien ces aspects (quand il est respecté). Ainsi le député, apportera en lui-même de l’emploi, de la richesse. Et ce ne sera pas de l’argent vain.

Il est facile, de nos jours, de mesurer la productivité d’une personnalité politique. Il existe de nombreux instruments pour voir les lois que celui-ci a proposé, les projets auxquels il a participé, les lois qu’il a voté et celles qu’il a rejeté, etc. L’ensemble de ces éléments devraient être collectées par le parlement et rendues disponibles en temps réel sur le site Internet de l’institution. C’est déjà le cas en France et dans de nombreux pays et cela ne demande pas des infrastructures exceptionnelles. Juste un bon réseau informatique (je pense que cela existe à l’assemblée) et un administrateur de bases de données qui a de la suite dans les idées (j’en connais des tas à Ouaga). Ensuite, fort de ses acquis, l’élu sera jugé par ses électeurs à la fin de son mandat. A toute entreprise en effet, on attribue des ressources, capital, investissement et main d’œuvre, elle travaille à fournir des produits (biens ou services marchands ou non) et elle est jugée sur la rentabilité de sa production par ses administrateurs. Ici l’entreprise Député à qui l’on accordera les ressources, produira des lois et des amendements et ses électeurs-administrateurs jugeront si elle a été rentable ou s’il ne vaut pas mieux opter pour le « changement ».

De l’allocation des ressources et de leur utilisation.

Effectivement cet aspect ne doit pas être occulté. Il faut de l’argent pour tout cela. Comment cela va-t-il être organisé et comment le gérer. Un fond devrait être accordé à chaque élu pour la constitution de son bureau. Les députés se sont montrés les champions des défenses des causes les plus curieuses pour augmenter leur traitement. Quand il ne s’agit pas d’accorder des indemnités à leurs épouses, il s’agira de leur accorder de l’argent pour les gens qui viendraient les solliciter pour du social. Il ne doit alors pas être compliqué de leur accorder un portefeuille pour gérer leur cabinet. Par ailleurs, la subvention pour le social gagnerait en transparence s’il était traité dans ces dits bureaux. En reprenant l’exemple français (désolé, je ne les copie pas mais il est plus facile de se documenter sur eux sur Internet), 9 138 € mensuels sont alloués aux députés, 7 548 € pour un sénateur, pour ces charges. Au parlement européen ce montant va de 1 500 à 2 500 €. Au vu du coût de la vie au Burkina, un montant équivalent pourrait être attribué aux députés du Burkina. Ceux-ci bénéficient par ailleurs déjà d’indemnités de secrétariat ainsi que de frais d’expertise importants (le mot qui me vient à la bouche est moins polissé) dont l’utilisation n’est que chimère. Cependant, afin d’éviter les abus, le recrutement, la rémunération ainsi que la productivité de chaque travailleur devraient être justifiés et contrôlés. Ainsi une commission parlementaire jugera du bien fondé de chaque création d’emploi et une stratégie sera mise en place pour contrôler les activités de ceux-ci. Les députés pourront bien se sentir outré de ce manque de confiance à leur égard qui pourrait friser l’irrespect de l’institution qu’ils représentent mais de vous à moi, plusieurs de leurs collègues ont prouvé qu’ils ne méritaient pas encore cette confiance. Par ailleurs, j’ai lu dans un bouquin de management que le contrôle est source de motivation…

Finalement.

Finalement des commissions de ce type mises en place apporteront de l’efficacité et de la performance dans la gouvernance démocratique, économique et sociale dans notre pays. Cela apportera aussi nécessairement des emplois et surtout des emplois jeunes. En effet, on n’est pas sans savoir que les nécessités actuelles pour ces domaines d’activité sont la créativité, la curiosité et la forte capacité d’adaptation matière de nouvelles technologies, qualités qui sont de plus en plus partagées par les jeunes diplômés burkinabé. Pour le principe de l’Assemblée Nationale, créer 127 cabinets de parlementaires peut se révéler difficile à gérer pour l’instant. Le projet pourrait commencer sous forme de cabinets de groupes parlementaires (il y en a beaucoup moins), ce qui permettrait de le tester d’une part et d’initier les députés à la pratique d’une autre part. Cette idée n’est pas cependant limitée à l’Assemblée Nationale ni au sénat (pour peu que son utilité soit prouvé et qu’il soit créé). Les maires par exemple gagneraient à être mieux conseillés. Il existe des cabinets municipaux mais peut-être que c’est dans la forme que ceux-ci ne fonctionnent pas, ou peut-être que c’est cet esprit de « fonctionnaires burkinabé » qui fait que les communes peinent à trouver des politiques de développement viables, le sujet mérite d’être creusé.

Excellence, en quoi êtes-vous excellent au juste ?

Le dernier compte rendu du conseil des ministres du 13 mars 2013, publié dans le journal officiel, décrivait les délibérations enregistrées sous la présidence de Son Excellence monsieur Blaise COMPAORE, Président du Faso, président du conseil des ministres. Ce même compte rendu faisait état des initiatives prises, dans le cadre de la mise en œuvre des décisions et recommandations du rapport de l’ASCE, par « Son Excellence » monsieur le Premier ministre. Ma lecture de ce document tout ce qu’il y a de plus officiel s’est vraiment arrêté là. En quoi le Premier ministre, tout premier ministre soit-il, est-il excellent ?

Qui appelle-t-on « Excellence » ?

« Son Excellence » est un titre honorifique régit par les conventions diplomatiques ou ecclésiastiques. En ce sens, il peut être utilisé dans le domaine ecclésiastique pour désigner les évêques, archevêques ou grands rabbins.

Dans le domaine diplomatique, le titre excellence est utilisé pour désigner les chefs d’états ou de gouvernements et leurs représentants, c’est-à-dire les ambassadeurs. Ainsi dans les organisations internationales, ce titre est utilisé pour les chefs d’états. Pour ce qui concerne les ambassadeurs, ils sont désignés par « Son Excellence » dans les pays où ils sont envoyés, étant donnés qu’ils y représentent leur chef de gouvernement. Cependant, dans leur pays ou de la part de leurs concitoyens, ils devraient être appelés « Monsieur l’Ambassadeur » puisque le titre d’excellence revient au chef d’état. Enfin, le traitement prend fin avec la charge ou le mandat occupé.

Voilà un bref résumé de longues pages de documents diplomatiques en français et en anglais (je ne pouvais pas lire les autres, je ne parle pas la langue) que j’ai parcouru pour m’assurer que monsieur le porte-parole du gouvernement qui a signé cet officiel document ne me traite pas d’ignare. Au cas où il se réfugierait derrière sa formation de journaliste, son collègue de la diplomatie pourra être interpellé. Même si je ne pense pas que la diplomatie soit enseignée dans les écoles de gendarmerie, il ne doit pas manquer de collaborateurs sensibilisés sur le sujet. En fait, si de telles fautes passent, c’est parce que cela est devenu courant ici en Afrique.

Qui appelons-nous « Excellence » ?

Il y a maintenant quelques années que je n’ai plus l’occasion de suivre la cérémonie des Kundés. Un des aspects que j’avais remarqué c’était le ballet des discours qui commençaient toujours par « Excellence madame la première dame, marraine des Kundé ». A l’Assemblée Nationale on nous sert des « Excellence monsieur le Premier ministre » à chaque visite de celui-ci. De même, lorsque le président de l’AN reçoit, il est vite traité d’ « Excellence monsieur le président de l’Assemblée Nationale ». Cependant, ceux-ci sont présidents d’institutions au même titre que la cour constitutionnelle, la CENI, le CES et j’en passe (d’ailleurs, pourquoi Paramanga n’est plus excellent ?). Cet état de fait n’est pas propre à notre cher pays. Amusez-vous à suivre les journaux de certains pays voisins ou de l’Afrique Centrale et vous en serez édifié. Pourtant ces individus voyagent et voient comment le protocole est respecté à la lettre dans les pays auxquels on cherche à ressembler. Maintenant que nous suivons les mêmes chaînes de télé, comment se fait-il que l’on ne remarque pas encore ces traits de caractères qui font la différence ?

Pire, à voir le comportement de ces autorités étrangères lorsqu’elles viennent en visite officielle dans notre pays, pour moi, la multiplication de titres honorifiques indus à l’endroit de leurs hôtes frise souvent la moquerie. Je vous conseillerai de rechercher la vidéo de la visite officielle du président Giscard d’Estaing à « Son Excellence Sérénissime, Sa Majesté » l’Empereur Bokassa. Eh ben, je dirai que c’est parce que dans nos pays nous avons soif de louanges. C’est à croire que sous les tropiques, nous avons un besoin viscéral de voir chanter nos louanges. Nous ne négligeons pas, cela va de soi, à lustrer les pompes de ceux qui sont juste au-dessus de nous. De fait, les chefs de service sont appelés « Naaba », les chefs d’entreprises sont traités en « Naaba » et les directeurs généraux sont des « Naaba ».

En quoi est-ce un problème ?

A la base, on se dira qu’il n’y a aucun problème si on parle à un DG comme à un ministre ou si on parle à un ministre comme à un président. Le seul problème est que finalement le DG finit par se comporter comme un ministre et le ministre comme un président, et ce sont les faits divers qui tapissent nos journaux. On veut bien accepter que culturellement beaucoup de burkinabé ont une grande notion de chef et que le transfert est vite effectué, que socialement aussi, on a tendance à cirer les bottes de ces gens, histoire qu’ils pensent à nous au moment de redistribuer le « gombo » mais il faut se dire que cela ne nous arrange guère et notre pays encore moins.

Cependant je me dis la chose suivante : si la société a été organisée et hiérarchisée, c’est que cela avait une utilité. En foulant du pied cette hiérarchisation, on peut être sûr qu’à la longue on va vers une désorganisation de la société.Ça fait désordre quand on appelle à l’hôpital ou à l’université un maître assistant « Professeur » juste parce qu’il est là depuis des lustres ou qu’il est le boss. Ça fait désordre quand on se met à appeler des infirmiers « Docteur » juste parce que leurs cabinets de soins ont le vent en poupe et qu’ils roulent en grosses cylindrées. Etc. C’est en sombrant dans ce « Naababisme » que l’on en vient à devoir travailler pour ses supérieurs en dehors de ses attributions. Cela se voit tous les jours à Ouagadougou, depuis le chauffeur qui emmène la bonne faire le marché au jeune ingénieur qui vient donner des cours de mathématiques à l’œil et à domicile, le week-end, aux enfants de son directeur.

En un mot, sachons garder notre place. Evitons de sombrer dans la mégalomanie et refusons que l’on nous traite d’une manière indue. De même, évitons d’être les créateurs de désordre. Evitons de sombrer dans le griotisme ou le clientélisme. Être respectueux d’une autorité correspond à le traiter à la hauteur de son titre et de ses responsabilités. A le traiter plus que cela n’est dû n’est pas, à mon humble avis, pour lui rendre service. Ce n’est en tout cas assurément pas pour rendre service à l’entreprise qu’il sert. Je pense juste que cela devrait trouver une fin. Et comme le poisson pourrit par la tête, il faudrait certainement commencer par là. Une campagne devra être entreprise pour rétablir le comportement vis-à-vis des autorités. Les protocoles des autorités devraient être sensibilisés aux titres de ceux-ci. Ou bien, je devrai moi aussi m’y mettre. Il faudrait qu’on m’appelle « Excellence, le type qui est en train de taper sur son clavier ».