Excellence, en quoi êtes-vous excellent au juste ?

Le dernier compte rendu du conseil des ministres du 13 mars 2013, publié dans le journal officiel, décrivait les délibérations enregistrées sous la présidence de Son Excellence monsieur Blaise COMPAORE, Président du Faso, président du conseil des ministres. Ce même compte rendu faisait état des initiatives prises, dans le cadre de la mise en œuvre des décisions et recommandations du rapport de l’ASCE, par « Son Excellence » monsieur le Premier ministre. Ma lecture de ce document tout ce qu’il y a de plus officiel s’est vraiment arrêté là. En quoi le Premier ministre, tout premier ministre soit-il, est-il excellent ?

Qui appelle-t-on « Excellence » ?

« Son Excellence » est un titre honorifique régit par les conventions diplomatiques ou ecclésiastiques. En ce sens, il peut être utilisé dans le domaine ecclésiastique pour désigner les évêques, archevêques ou grands rabbins.

Dans le domaine diplomatique, le titre excellence est utilisé pour désigner les chefs d’états ou de gouvernements et leurs représentants, c’est-à-dire les ambassadeurs. Ainsi dans les organisations internationales, ce titre est utilisé pour les chefs d’états. Pour ce qui concerne les ambassadeurs, ils sont désignés par « Son Excellence » dans les pays où ils sont envoyés, étant donnés qu’ils y représentent leur chef de gouvernement. Cependant, dans leur pays ou de la part de leurs concitoyens, ils devraient être appelés « Monsieur l’Ambassadeur » puisque le titre d’excellence revient au chef d’état. Enfin, le traitement prend fin avec la charge ou le mandat occupé.

Voilà un bref résumé de longues pages de documents diplomatiques en français et en anglais (je ne pouvais pas lire les autres, je ne parle pas la langue) que j’ai parcouru pour m’assurer que monsieur le porte-parole du gouvernement qui a signé cet officiel document ne me traite pas d’ignare. Au cas où il se réfugierait derrière sa formation de journaliste, son collègue de la diplomatie pourra être interpellé. Même si je ne pense pas que la diplomatie soit enseignée dans les écoles de gendarmerie, il ne doit pas manquer de collaborateurs sensibilisés sur le sujet. En fait, si de telles fautes passent, c’est parce que cela est devenu courant ici en Afrique.

Qui appelons-nous « Excellence » ?

Il y a maintenant quelques années que je n’ai plus l’occasion de suivre la cérémonie des Kundés. Un des aspects que j’avais remarqué c’était le ballet des discours qui commençaient toujours par « Excellence madame la première dame, marraine des Kundé ». A l’Assemblée Nationale on nous sert des « Excellence monsieur le Premier ministre » à chaque visite de celui-ci. De même, lorsque le président de l’AN reçoit, il est vite traité d’ « Excellence monsieur le président de l’Assemblée Nationale ». Cependant, ceux-ci sont présidents d’institutions au même titre que la cour constitutionnelle, la CENI, le CES et j’en passe (d’ailleurs, pourquoi Paramanga n’est plus excellent ?). Cet état de fait n’est pas propre à notre cher pays. Amusez-vous à suivre les journaux de certains pays voisins ou de l’Afrique Centrale et vous en serez édifié. Pourtant ces individus voyagent et voient comment le protocole est respecté à la lettre dans les pays auxquels on cherche à ressembler. Maintenant que nous suivons les mêmes chaînes de télé, comment se fait-il que l’on ne remarque pas encore ces traits de caractères qui font la différence ?

Pire, à voir le comportement de ces autorités étrangères lorsqu’elles viennent en visite officielle dans notre pays, pour moi, la multiplication de titres honorifiques indus à l’endroit de leurs hôtes frise souvent la moquerie. Je vous conseillerai de rechercher la vidéo de la visite officielle du président Giscard d’Estaing à « Son Excellence Sérénissime, Sa Majesté » l’Empereur Bokassa. Eh ben, je dirai que c’est parce que dans nos pays nous avons soif de louanges. C’est à croire que sous les tropiques, nous avons un besoin viscéral de voir chanter nos louanges. Nous ne négligeons pas, cela va de soi, à lustrer les pompes de ceux qui sont juste au-dessus de nous. De fait, les chefs de service sont appelés « Naaba », les chefs d’entreprises sont traités en « Naaba » et les directeurs généraux sont des « Naaba ».

En quoi est-ce un problème ?

A la base, on se dira qu’il n’y a aucun problème si on parle à un DG comme à un ministre ou si on parle à un ministre comme à un président. Le seul problème est que finalement le DG finit par se comporter comme un ministre et le ministre comme un président, et ce sont les faits divers qui tapissent nos journaux. On veut bien accepter que culturellement beaucoup de burkinabé ont une grande notion de chef et que le transfert est vite effectué, que socialement aussi, on a tendance à cirer les bottes de ces gens, histoire qu’ils pensent à nous au moment de redistribuer le « gombo » mais il faut se dire que cela ne nous arrange guère et notre pays encore moins.

Cependant je me dis la chose suivante : si la société a été organisée et hiérarchisée, c’est que cela avait une utilité. En foulant du pied cette hiérarchisation, on peut être sûr qu’à la longue on va vers une désorganisation de la société.Ça fait désordre quand on appelle à l’hôpital ou à l’université un maître assistant « Professeur » juste parce qu’il est là depuis des lustres ou qu’il est le boss. Ça fait désordre quand on se met à appeler des infirmiers « Docteur » juste parce que leurs cabinets de soins ont le vent en poupe et qu’ils roulent en grosses cylindrées. Etc. C’est en sombrant dans ce « Naababisme » que l’on en vient à devoir travailler pour ses supérieurs en dehors de ses attributions. Cela se voit tous les jours à Ouagadougou, depuis le chauffeur qui emmène la bonne faire le marché au jeune ingénieur qui vient donner des cours de mathématiques à l’œil et à domicile, le week-end, aux enfants de son directeur.

En un mot, sachons garder notre place. Evitons de sombrer dans la mégalomanie et refusons que l’on nous traite d’une manière indue. De même, évitons d’être les créateurs de désordre. Evitons de sombrer dans le griotisme ou le clientélisme. Être respectueux d’une autorité correspond à le traiter à la hauteur de son titre et de ses responsabilités. A le traiter plus que cela n’est dû n’est pas, à mon humble avis, pour lui rendre service. Ce n’est en tout cas assurément pas pour rendre service à l’entreprise qu’il sert. Je pense juste que cela devrait trouver une fin. Et comme le poisson pourrit par la tête, il faudrait certainement commencer par là. Une campagne devra être entreprise pour rétablir le comportement vis-à-vis des autorités. Les protocoles des autorités devraient être sensibilisés aux titres de ceux-ci. Ou bien, je devrai moi aussi m’y mettre. Il faudrait qu’on m’appelle « Excellence, le type qui est en train de taper sur son clavier ».

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